Burn-out et souffrance au travail : ce que j’observe dans mes accompagnements professionnels
Publié en septembre 2026 – L’Essentiel | CIAO FORMATIONS
Ils aimaient leur métier, mais ne supportent plus les conditions dans lesquelles ils l’exercent.
Le blog « L'Essentiel » aborde aujourd'hui un sujet que je rencontre régulièrement dans mon activité de conseiller en évolution professionnelle : la souffrance au travail et ses conséquences sur les parcours professionnels.
Dans mes accompagnements, je rencontre régulièrement des salariés épuisés, démotivés ou en perte de sens. Pression, surcharge de travail, objectifs toujours plus importants, manque de reconnaissance, relations hiérarchiques difficiles…Malgré des métiers et des secteurs très différents, certains témoignages se ressemblent.
En effet, je rencontre des salariés issus d'univers très différents : commerce, industrie, secteur social et médico-social, services, fonctions administratives, logistique… Pourtant, malgré la diversité des métiers, certains récits se ressemblent étonnamment.
Et une phrase, sous différentes formes, revient régulièrement :
« J'aimais mon métier, mais je ne peux plus continuer comme ça. »
C'est précisément ce qui m'interpelle. Beaucoup de personnes que j'accompagne ne souhaitent pas nécessairement quitter leur métier. Elles souhaitent parfois quitter les conditions dans lesquelles elles sont contraintes de l'exercer.
Burn-out, bore-out, brown-out : que recouvrent réellement ces termes ? Pourquoi autant de salariés finissent-ils par envisager de quitter un métier qu’ils appréciaient auparavant ? Et comment reconstruire un projet professionnel après une période de souffrance au travail ?
Cet article croise données officielles et observations issues de mon expérience de terrain.
Quand ce n'est plus le métier qui pose problème.
Dans les entretiens, le scénario rapporté est souvent similaire.
La charge de travail augmente. Les objectifs deviennent plus importants.
Les délais raccourcissent. Les injonctions se multiplient, parfois de manière contradictoire.
À cela peuvent s'ajouter des difficultés relationnelles avec un employeur, un responsable hiérarchique, un manque d'autonomie, le sentiment de ne pas être écouté, des changements organisationnels successifs ou encore l'impression de devoir constamment « faire plus avec moins ».
Et puis revient très fréquemment la question de la reconnaissance.
Reconnaissance du travail accompli, des compétences, de l'investissement personnel, mais également reconnaissance salariale.
Progressivement, certains salariés commencent à douter voire à se dévaloriser.
Ils se demandent pourquoi ils continuent à autant s'investir. Ils perdent leur motivation.
Certains ne dorment plus correctement. D'autres commencent à ressentir de l'angoisse avant d'aller travailler.
Puis arrive parfois l'arrêt de travail...
Les chiffres ne mentent pas...
Ces situations individuelles s'inscrivent dans un phénomène beaucoup plus large.
En 2024, 15,3 % des actifs occupés ont connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze mois précédents et 5,9 % un trouble anxieux généralisé, selon Santé publique France.
Attention toutefois : ces chiffres concernent la santé mentale des actifs et ne signifient pas que le travail est nécessairement à l'origine de chacun de ces troubles. Santé publique France
Les données spécifiquement liées au travail sont également préoccupantes. En 2024, dans le programme de surveillance des maladies à caractère professionnel, la souffrance psychique en lien avec le travail concernait 5,4 % des femmes et 2,7 % des hommes observés au niveau national.
Dans le Grand Est, les taux relevés étaient respectivement de 4,5 % chez les femmes et 3 % chez les hommes. Santé Publique France
L'Assurance Maladie constate parallèlement une progression des affections psychiques reconnues comme maladies professionnelles : 840 cas en 2020 contre 1 805 en 2024, soit plus du double en quatre ans.
Parmi les affections psychiques reconnues en 2024, 73 % étaient des dépressions.
Leur coût s'est élevé à près de 261 millions d'euros. L'Assurance Maladie
Plus globalement, les maladies professionnelles ont augmenté de 6,7 % en 2024 et les affections psychiques reconnues hors tableau de 9 %. L'Assurance Maladie
Ces chiffres ne permettent donc pas d'affirmer que « 15 % des salariés sont en burn-out ». En revanche, ils montrent clairement que la santé psychique au travail constitue aujourd'hui un véritable enjeu de santé publique et de prévention professionnelle.
Un mécanisme qui peut devenir collectif.
C'est probablement l'un des aspects les plus préoccupants que l'on retrouve dans certains témoignages.
Lorsqu'un salarié s'épuise et finit par être placé en arrêt de travail, son activité ne disparaît pas nécessairement avec lui. Elle peut être répartie entre les collègues. Une équipe déjà sous tension doit alors absorber une charge supplémentaire. Les salariés présents compensent l'absence, prennent de nouvelles responsabilités ou accumulent du retard.
C'est souvent ce que j'entends lors de mes entretiens, et la situation peut alors prendre la forme d'une véritable spirale infernale. Le salarié est déjà en surcharge mentale et, progressivement, la fatigue physique vient s'y ajouter. Lorsque les capacités de récupération ne suffisent plus, un point de rupture peut être atteint, pouvant conduire à un arrêt de travail.
Mais le problème risque alors de se déplacer : la charge laissée par le salarié absent est reportée sur une équipe qui était parfois déjà fragilisée. Certains collègues peuvent à leur tour se retrouver en surcharge, s'épuiser progressivement et rencontrer les mêmes difficultés.
C'est ainsi qu'une situation initialement vécue comme individuelle peut révéler
un problème collectif d'organisation du travail, jusqu'à devenir systémique. :
L'arrêt du salarié devient alors le révélateur d'une difficulté qui peut être plus large que sa situation individuelle.
Il serait toutefois excessif d'en conclure que chaque arrêt pour trouble psychique est provoqué par l'organisation du travail. Les causes d'une dépression, d'un trouble anxieux ou d'un arrêt maladie peuvent être multiples. C'est précisément pour cela que les données officielles distinguent la santé mentale en population générale de la souffrance psychique spécifiquement mise en lien avec le travail.
« J'aimais mon travail avant »
C'est probablement l'une des situations qui me marque le plus dans mes accompagnements.
Certaines personnes arrivent en CEP convaincues qu'elles doivent changer complètement de métier.
Pourtant, au cours des échanges, une autre question apparaît :
Est-ce réellement mon métier que je ne supporte plus, ou les conditions dans lesquelles je l'exerce aujourd'hui ?
La différence est fondamentale.
Un salarié peut aimer accompagner des personnes mais ne plus supporter l'organisation de son établissement.
Il peut aimer vendre mais ne plus accepter certains objectifs commerciaux.
Il peut aimer travailler dans l'industrie mais ne plus supporter son rythme ou son management.
Il peut aimer le secteur médico-social mais être épuisé par le manque d'effectifs et les contraintes organisationnelles.
La reconversion n'est donc pas systématiquement la réponse.
Parfois, la solution peut être le même métier dans une autre entreprise, un autre environnement, un autre secteur, une évolution de poste ou une formation permettant d'accéder à d'autres responsabilités.
Dans d'autres situations, le salarié réalise au contraire qu'il souhaite réellement tourner la page et construire un nouveau projet.
Mon rôle est alors de prendre le temps de distinguer « fuir » et « choisir »
C'est ici que mon accompagnement prend, selon moi, tout son sens.
Lorsqu'une personne arrive épuisée, en arrêt de travail ou après plusieurs mois de difficultés professionnelles, la première idée peut être :
« Je veux faire complètement autre chose. »
Cette volonté est compréhensible.
Mais construire une reconversion uniquement pour échapper à une situation devenue insupportable peut conduire à choisir trop rapidement.
L'accompagnement permet alors de remettre les choses à plat : identifier ce que la personne ne veut plus, mais surtout ce qu'elle souhaite conserver.
- Ses compétences.
- Ses valeurs.
- Son expérience.
- Les activités qu'elle apprécie encore.
- Ses contraintes personnelles.
- Ses besoins en matière d'organisation et d'environnement professionnel.
Et finalement répondre à une question beaucoup plus constructive :
« Dans quelles conditions ai-je envie de travailler demain ? »
Mon rôle n’a évidemment pas vocation à établir un diagnostic médical ni à prendre en charge un burn-out.
Lorsque la santé est concernée, les professionnels de santé et de santé au travail interviennent dans leur champ de compétences, tandis que j’interviens sur les questions liées au parcours et à l’évolution professionnelle.
Ces accompagnements sont d’ailleurs complémentaires : j’accueille de plus en plus de personnes qui me sont orientées par la médecine du travail afin de réfléchir à leur avenir professionnel et, lorsque cela est nécessaire, d’envisager une évolution ou une reconversion.
Mon rôle, en plus d'être un rôle d'écoute et d' intervenir sur une autre dimension essentielle : la reconstruction du projet professionnel et la sécurisation du parcours.
Changer de métier, parfois. Changer de système, peut-être aussi.
À travers les personnes que j'accompagne, une chose apparaît clairement : la souffrance professionnelle ne concerne pas un métier particulier.
Je la retrouve dans le commerce, l'industrie, les fonctions administratives, le social, le médico-social et bien d'autres secteurs.
Les histoires sont différentes, les entreprises sont différentes et les causes ne peuvent pas être généralisées.
Mais certaines expressions reviennent : pression, surcharge, manque de reconnaissance, perte de sens, relations hiérarchiques difficiles, sentiment de ne jamais en faire assez.
Et derrière les statistiques se trouvent des personnes qui, bien souvent, aimaient leur métier.
C'est peut-être là que se trouve l'un des principaux enjeux.
Avant de demander à quelqu'un :
« Quel nouveau métier voulez-vous faire ? »
il peut être nécessaire de lui permettre de répondre d'abord à une autre question :
« Qu'est-ce qui vous a conduit à ne plus vouloir exercer celui que vous aimiez ? »
Car accompagner une évolution professionnelle, ce n'est pas seulement aider une personne à quitter un métier. C'est aussi l'aider à comprendre ce qu'elle ne veut plus revivre professionnellement, pour éviter de repartir dans une situation similaire à celle qui l'a amenée à me rencontrer. Il faut être vigilant à ce que cette volonté de changement ne soit pas uniquement une sortie de secours, mais qu'elle constitue réellement un nouveau départ.
Cela suppose de prendre le temps d'identifier les causes de la rupture : était-ce le métier lui-même, l'organisation du travail, le management, la charge, le manque de reconnaissance ou encore la perte de sens ? Comprendre ce qui a conduit à l'épuisement permet également de définir les conditions de travail dont la personne aura besoin demain pour retrouver un équilibre professionnel durable. La reconversion prend alors une autre dimension : il ne s'agit plus seulement de partir, mais de construire un projet choisi, réfléchi et suffisamment sécurisé pour ne pas reproduire les mêmes difficultés.
Le burn-out ne se résume pas à une simple fatigue : il s’inscrit dans un processus d’épuisement professionnel qui peut s’installer progressivement lorsque le stress lié au travail devient chronique.
Surcharge, pression, manque de reconnaissance, perte de sens, relations professionnelles difficiles ou déséquilibre entre les exigences et les ressources disponibles sont autant de situations qui peuvent fragiliser les salariés.
Ce que j’observe dans mes accompagnements, c’est que beaucoup de personnes ne rejettent pas nécessairement leur métier : elles ne supportent plus les conditions dans lesquelles elles l’exercent. Et lorsque l’un des salariés s’arrête, la charge peut se reporter sur le reste de l’équipe, alimentant parfois un véritable cercle vicieux.
Burn-out, bore-out ou perte de sens doivent également nous amener à regarder au-delà de la situation individuelle : l’organisation et les conditions de travail ont aussi leur importance.
Enfin, lorsqu’une personne envisage une reconversion après une période de souffrance professionnelle, l’enjeu n’est pas seulement de trouver un autre métier. Il faut aussi comprendre ce qui l’a conduite à vouloir partir, ce qu’elle ne veut plus revivre et les conditions dont elle a besoin pour travailler demain.
Changer pour fuir n’est pas la même chose que changer pour reconstruire. L’objectif est que le nouveau projet professionnel devienne un véritable nouveau départ.
Lorsque le travail devient une source d’épuisement, de perte de sens ou de souffrance, n’attendez pas nécessairement d’avoir atteint le point de rupture pour agir. Fatigue persistante, troubles du sommeil, difficultés de concentration, irritabilité, désengagement ou sentiment de ne plus parvenir à faire correctement son travail peuvent constituer des signaux à prendre au sérieux. L’INRS rappelle d’ailleurs que la prévention doit aussi porter sur le travail et son organisation, et pas uniquement sur la capacité du salarié à « tenir ». INRS
Si votre santé est affectée, rapprochez-vous de votre médecin et/ou de votre service de prévention et de santé au travail. Le diagnostic et la prise en charge médicale relèvent des professionnels de santé. INRS
Sur le plan professionnel, prenez également le temps de vous poser les bonnes questions : est-ce encore mon métier que je ne veux plus exercer, ou sont-ce les conditions dans lesquelles je l’exerce que je ne supporte plus ? Cette distinction peut profondément modifier la suite de votre parcours.
Une reconversion peut être une solution, mais elle ne doit pas devenir automatiquement une sortie de secours. Avant de repartir, identifiez ce que vous souhaitez conserver de votre expérience, ce que vous ne voulez plus revivre et les conditions dont vous avez désormais besoin : charge de travail, autonomie, management, reconnaissance, horaires, environnement ou équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
CIAO Formations peut vous accompagner dans cette réflexion professionnelle, en complémentarité avec les professionnels de santé lorsque la situation le nécessite. L’objectif : ne pas simplement quitter une situation devenue difficile, mais construire un projet professionnel réfléchi, réaliste et réellement choisi.
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